L’esprit de l’Aïkido

De nombreux ouvrages sont parus et paraissent sur l’aïkido. S’ils ne remplacent en rien la pratique dans le dojo, ils permettent néanmoins de découvrir l’histoire de l’aïkido, de poser ses principes philosophiques, d’aborder ses principes techniques et de permettre une réflexion sur la pratique.

Pour le pratiquant débutant, nous vous conseillons la lecture de « L’esprit de l’aïkido, le véritable sens de la pratique » (paru chez Budo éditions, les éditions de l’Éveil, 1998, 141 pages). Cet ouvrage a été écrit par Kisshômaru Ueshiba (1921-1999), troisième fils de Morihei Ueshiba (fondateur de l’aïkido) ; en 1948, il fut nommé́ par son père directeur technique de l’Aikikai Hombu Dojo (centre mondial de l’aïkido à Tokyo). En 1967 il devient président de la Fondation Aikikai et prit la succession du fondateur en 1969.

Dans ce livre court, à la lecture facile, il présente et de commente les conceptions du maître fondateur, pour les rendre accessibles à tous les publics et en particulier aux occidentaux.

Nous vous proposons quelques citations tirés de cet ouvrage :

La tentation est grande de s’impliquer dans les sports de compétition car tout le monde souhaite être gagnant, mais rien n’est plus préjudiciable au budô qui n’a d’autre objectif que de libérer l’homme de lui-même et de son ego pour qu’il comprenne enfin ce qui est réellement humain.

(…)

L’aïkido reste fidèle au principe fondamental du budo, tel que l’a exprimé maître Ueshiba, un entrainement constant du corps et de l’esprit conduisant l’homme sur le chemin de la spiritualité.

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Lorsque l’individu, unifiant son esprit et son corps au travers du ki, fait preuve d’aï-ki (harmonisation des ki), son souffle-énergie se modifie spontanément, la fluidité caractérise alors ses waza (techniques authentiques).

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En aïkido, le but poursuivi est l’unité ki-corps-esprit (…). Le ki se concentre dans un centre stable et fort, qui n’est autre que le centre de gravité naturel (cinq centimètres sous le nombril). Lorsque le ki s’école le long des bras, vers les mains jusqu’aux ongles, les mains deviennent une arme sans arme appelée te-gatana, ce qui signifie littéralement le sabre bras.ueshiba_wood

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Il existe diverses dimensions du ki. Il est possible de mettre l’accent sur son aspect spirituel (esprit, âme, génie), affectif (instinct, intuition, sentiment) ou psychologique (respiration, souffle).

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Mon souhait le plus cher serait que tous, japonais ou non, cherchent au cœur de l’aïkido non seulement la réalisation des waza mais également les principes philosophiques fondamentaux enseignés par maître Ueshiba.

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L’essence de l’aïkido, l’unité ki-esprit-corps ne peut être réalisée que par un individu prenant en compte la globalité de son être. Si nous n’en maitrisons que l’aspect spirituel, nous risquons de devenir doctrinaire et de nous égarer dans l’abstraction. Si nous n’en saisissons que l’aspect technique, favorisant les prouesses physiques nous nous satisferons de l’explication simpliste.

(…)

Aï-ki ne peut se résumer,

En écrit ou paroles.

Sans dissertation inutile,

La compréhension viendra de la pratique.

(…)

TEXTES DU FONDATEUR :

Ne fixez pas seulement les yeux de l’adversaire, ils absorberont votre esprit. Ne fixez pas seulement le sabre de l’adversaire, il prendra votre ki. Ne regardez pas seulement votre adversaire, son ki vous contrôlera. Dans les arts martiaux, l’entrainement consiste à développer le pouvoir magnétique qui existe à l’intérieur de chacun et qui permet d’absorber l’autre tel qu’il est. C’est pourquoi, la seule chose que j’ai à faire est de rester simplement là.

Ne vous laissez pas prendre à des discussions techniques sur la nécessité de frapper avant l’adversaire. En le faisant, vous ne faites que démontrer que vous être conscient de l’autre. En aïkido il y a un adversaire, mais en réalité il n’y a pas d’adversaire. Parce que l’autre fait partie intégrante de vous, si vous le bougez comme vous le souhaitez, l’autre bougera aussi comme vous le souhaitez. Si vous bougez ainsi, l’autre suivra naturellement.

Tout le monde devrait être capable de maintenir une autre personne à terre avec un seul doigt. La force de l’homme est confinée dans un cercle dont il est le centre. La force ne peut dépasser la circonférence de ce cercle. Qu’elle que soit la force d’un homme, dès qu’il est entrainé hors de son cercle, il perd toute puissance. Si l’on essaie de maintenir l’autre hors de son cercle, le petit doigt suffit à le garder à terre puisqu’il est alors sans force. Si l’on se déplace à l’intérieur de son propre cercle de puissance et que l’on oblige l’adversaire à sortir de son cercle à lui, l’affaire est entendue.

(…)ueshiba_sabre

La voie de l’aïki et la voie du sabre sont intimement liées quant à leurs principes de base ou mode d’application (…).
Il est fait référence ici au kenjutsu, art du sabre de combat, et non au kendo qui est un sport de compétition (…). Parmi les nombreuses similitudes entre l’aïkido et l’art du sabre, on trouve certains fondamentaux : la position de garde, la distance ou l’espace séparant deux personnes, le regard, les déplacements de pieds, ainsi que les applications techniques qui sont étonnamment semblables pour ne pas dire identiques.

(…)

Dès son plus jeune âge, maître Ueshiba s’intéressa à la pratique du sabre. En fait, avant d’être totalement absorbé par la Daïto jujutsu, il employa son temps à l’étude du sabre pour en maîtriser les principes. Même après avoir placé l’aïkido au rang de budo, il aimait à travailler le sabre et le bokuto (sabre de bois).

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Pour que l’adversaire soit projeté efficacement, il est indispensable que le ki s’écoule librement.

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Beaucoup pratique l’aïkido en utilisant une force excessive, d’autres avec une sinistre détermination et d’autres encore manquant de confiance et ne pratiquent qu’après de nombreuses hésitations. C’est un bonheur de voir des pratiquants prendre un réel plaisir dans leur travail. Beaucoup s’entraine depuis cinq ans, dix ans ou plus, en suivant un rythme qui leur est propre et en ayant fait de l’aïkido une routine. Ils viennent au dojo, s’entrainent sans plus de façon, projettent et se laissent projeter, suivent les consignes simplement et partent lorsque le cours est terminé.  Les grades ne semblent pas être leur préoccupation majeure et leur comportement démontre le plaisir qu’ils trouvent dans la pratique. Ce sont les meilleurs pratiquants d’aïkido.

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Maitre Ueshiba donnait souvent ce conseil aux élèves, et principalement à ceux dont l’attachement excessif à la forme limitait les mouvements : « En aïkido, il n’y a ni forme, ni modèle. Les mouvements naturels sont les mouvements de l’aïkido. Sa profondeur est sans limite et il est inépuisable. » (…) De toute évidence, l’affirmation du fondateur ne concerne pas les débutants, mais les élèves les plus confirmés. (…) Un célèbre proverbe japonais dit « Entre par la forme et sort par la forme ». Que ce soit dans les domaines artistiques et culturels ou le budo, il est nécessaire de pratiquer pour maitriser la forme, mais une fois maitrisée, il faut s’en libérer.

(…)

Lorsque le triangle, le cercle et le carré ne font plus qu’un, leur rotation devient celle de la spirale lorsque s’écoule le ki, l’aikido du sumi-kiri apparaît alors.
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